Les nouveaux nomades

Thierry Crouzet nous amène dans notre futur. Malgré le titre « l’alternative nomade« , le nomadisme n’est pas présenté vraiment comme option, mais notre unique solution. Le nomadisme numérique offre une capacité inédite pour se libérer, pour nous libérer en devenant des artisans du flux.  Surfer sur le flux pour s’individuer sans s’individualiser :

Si les sédentaires se nomadisent et se libèrent peu à peu de la finance, nous changerons de monde. Nous n’avons guère d’autre choix. Les problèmes globaux comme la faim ou les dérèglements écologiques deviennent de plus en plus pressants. Nous nous retrouvons au pied du mur. Nous ne pouvons plus reculer. Pourquoi n’avons-nous encore rien fait ? Par manque de volonté politique sans aucun doute, mais, surtout, parce que nous étions tout simplement incapables de coopérer, de nous individuer, de nous libérer.

Les dispositifs numériques comme les réseaux sociaux, les processus pair à pair ou encore les oeuvres « communes » (comme wikipédia ou wikispeed) constituent autant de leviers pour se nomadiser. Le nomade s’allège pour mieux relier les territoires, pour mieux se relier aux autres, il développe également des compétences singulières qui lui assure une activité sociale. Aujourd’hui, la connaissance distribuée, nos reliances horizontales apportent les briques pour permettre à chacun de s’individuer par friction successive, pour s’alléger des mèmes sociaux, pour s’entraîner à fonctionner en tribus tout en se formant soi-même. En s’interconnectant, nous augmentons la complexité de nos réseaux, mais également la puissance de nos actions, leurs impacts, notre adaptabilité, notre résilience et finalement la possibilité de résoudre les problèmes majeurs de nos sociétés modernes.

socialgraph

Le graph social

Plus je me lie, plus je m’individualise, plus je me centre sur mes talents en donnant du sens à mes différences, plus j’apporte un regard angulé sur les faits tout en étant profondément interconnecté. Plus je cultive mes talents, plus je me différencie et augmente la biodiversité, la noosphère chère à Teilhard de Chardin et plus je réduis le désir mimétique en ayant fait disparaître la norme et le besoin de ressembler à l’autre. Ces nouvelles coopérations sociales nous éloigneront du consumérisme et du matérialisme. La théorie du Chaos s’applique, dans un système instable nous ne résoudrons nos problèmes qu’en augmentant la complexité.

De ces pratiques quotidiennes, nous progresserons dans un nouveau nomadisme numérique, explorant de nouvelles humanités, de nouvelles façons de créer et de gérer des liens dont nous n’avons aujourd’hui pas les mots pour les décrire. Une ontologie se créera ainsi que de nouvelles économies pour de nouveaux citoyens.

Ce « bootstrapping social » peut se déployer dans deux directions opposées. 1/ Le refus volontaire de la complexité ou la simplicité volontaire : autarcie, anti-technologie, retour à la terre, un mouvement qui a déjà beaucoup de partisans, avec pour risque la baisse de l’individuation. 2/ La complexité volontaire : interdépendance, écologisme scientifique, passion pour la technologie, notamment les outils sociaux et la production de communs.

Valérie Peugeot nous amène dans trois scénarios futurs concernant les communs : affrontement commun/capitalisme, absorption des communs par le capitalisme ou alliance commun/public. Retenant cette dernière option, V.Peugeot esquisse une réorganisation possible de notre société :

Dans les faits, les réseaux, du fait de leur horizontalité et souplesse, constituent des terrains d’expérimentation et d’innovation sociale et politique autant qu’économique. Ils sont de formidables facilitateurs d’auto organisation et de coopérations [Benkler, 2006], des outils de conception de production de pair à pair qui s’intègrent dans l’évolution globale d’une économie toujours plus immatérielle [Gorz, 2003], des révélateurs de pratiques sociales de partage qui en retour suscitent des aspirations nouvelles. Il est encore trop tôt pour savoir si ces formes de socialisation et d’organisation inédites amèneront une réorganisation durable des sociétés. Mais leur vivacité et leur inventivité ouvrent une brèche dans une pensée économique et politique figée et constituent une invitation à l’audace.

Alors osons … Devenir soi-même, s’individuer, s’alléger des mèmes sociaux qui nous alourdissent, dominer le désir mimétique et se bricoler : un parcours individuel permanent, une oeuvre ?

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Un commentaire pour Les nouveaux nomades

  1. jesusbezanilla dit :

    A reblogué ceci sur El peón caminanteet a ajouté:
    Este también me ha gustado porque encaja con mis pensamientos de la era internet o digital. Muchas cosas están cambiando y mas vale intentar surfear la ola porque.

    Una idea interesante esta del nomadismo digital. Interesante. Da juego.

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