Light foot print strategy

L’article de Charles Edouard Bouée, membre du comité exécutif du cabinet Roland Berger dans les Echos, est intéressant. Il développe une analogie entre la stratégie militaire américaine et l’entreprise de demain (voir également son livre). Reprenant l’idée que les militaires préfigurent les organisations du futur (voir et revoir sur ce point les nombreux éléments de Transit City).

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Les qualifications retenues pour cet avenir sont VICA : Volatil, Incertain, Complexe et Ambigu. Devant ces éléments, la stratégie retenue se résume par « light foot print » : augmenter son agilité, sa capacité d’adaptation à des futurs inconnus, sa rapidité d’apprentissage de nouvelles techniques et nouveaux environnements, se former en permanence. Tous les contraires des guerres d’hier fondées sur des structures de commandement et des moyens lourds. Ainsi la légèreté devient la principale caractéristique, et l’empreinte le symbole.

Concrètement, cette stratégie  se traduit par trois actions : Drone, Forces spéciales et cyberattaques. Une quatrième élément semble nécessaire : Espion. Comment peut-on traduire ces choix stratégiques dans le monde industriel ?

Les Drones militaires sont les robots industriels

« S’automatiser, émigrer ou disparaître » indiqué Jack Welch, ancien patron de GE, le robot industriel permet de réduire son « empreinte industrielle ». Les robots deviendront de plus en plus versatiles, flexibles. L’industrie automobile a déjà intégré le robot. Certaines iront très loin dans l’automatisation pour produire plus vite des voitures hyperspécialisées aux marchés, adaptées au dernier moment. En complément, réduire le besoin de produire de nouveaux véhicules, utiliser les véhicules existants, les intégrer dans votre dispositif. Tout mettre en oeuvre pour utiliser le minimum de matière, participe à cet allégement de votre empreinte industrielle.

Les forces spéciales deviennent des petites équipes entraînées à l’inconnu

Le futur ne peut se pratiquer qu’avec des « équipages » entraînés. Comme toutes les phases d’exploration de nouveaux territoires, l’entraînement, la formation des équipes sont des impératifs. Les forces spéciales militaires deviennent, dans l’entreprise, des équipes qui vont explorer le futur de l’entreprise, ses prochains modèles d’affaires, ses prochaines relations avec les clients, les prochaines expériences qu’elle va proposer. Ces équipages ne seront pas organisés par des structures hiérarchiques classiques, ils fonctionneront en réseau, en « reliance », avec des leaders. Bien sûr, ces équipages seront rattachés au plus haut niveau de la structure pyramidale à la fois pour lui faire parvenir directement les signaux, mais également pour lui faire toucher du doigt « la puissance des réseaux » (lire le livre de Yochai Benkler, La Puissance des réseaux). Progressivement, pour survivre mais également parce que ces modes d’intelligence collective sont plus performants face à l’imprévisible (VICA), les entreprises vont se configurer de plus en plus sous la forme d’équipages indépendants et reliés.

Les cyberattaques sont bien entendu l’utilisation maîtrisé du cyberespace

Pour être léger, se dématérialiser n’est pas une option. Tout ce qui peut être numérisé doit l’être. Ne plus posséder dans votre bureau, ne plus cloisonner, tout mettre dans les nuages. Considérant les possibilités de ces techniques, l’entreprise sera alors obligée de repenser son organisation, son management, ses processus collaboratifs et d’innovations. Comment synchroniser des personnes « dispersées » dans des objectifs communs ? quand les personnes sont physiquement présentes sur le même site, quelles types d’activités sont à réaliser ? Quels sont les modes de collaboration dans le cyberespace (lire le livre de Pierre Lévy, L’intelligence collective : pour une anthropologie du cyberspace) ?

A ces trois piliers, la connaissance de l’autre pour mieux anticiper, mieux se projeter, cibler ses actions, semble également indispensable : l’espion militaire.

L’Espion, celui qui connaît « l’autre », le citoyen/consommateur pour l’entreprise

La connaissance des marchés était résolue par des études marketing. Ceci permettait de « designer » les produits et les services. Mais face à la multitude, de nouveaux outils, de nouvelles techniques, de nouvelles approches sont nécessaires. Inclure les clients, devenus eux-mêmes producteurs / consommateurs, dans les processus stratégiques, identifier les « meilleurs », influencer les influenceurs, leur permettre de participer à l’innovation. Pour cela, le marketing ne s’applique plus, seule l’empathie et la séduction peuvent s’appliquer.

Les robots, les équipages, le cyberespace, et le citoyen/consommateur

Une fois que vous maîtriserez les robots et réduit l’usage de la matière au minimum, vous aurez formé plusieurs équipages à explorer votre propre futur, numérisé vos connaissances, processus et en conséquence repensé profondément vos organisations, inclus au plus près des décisions les meilleurs clients devenus des partenaires, vous constaterez que la notion d’entreprise n’est plus adaptée.

Toutes ces capacités, ces talents, cette intelligence collective, ne seront plus centrés uniquement dans les entreprises, elles n’en seront plus les propriétaires. Cette pure créativité sera totalement distribuée dans des relations pair à pair déjà visibles dans les « signaux faibles », appuyée sur des outils de production eux aussi distribués. Des pionniers construisent aujourd’hui les concepts, la sémantique, l’ontologie de ces prochains modes de collaboration étendus, comme Michel Bauwens (P2P foundation).

Evoluer dans ce futur impose de s’y préparer et de se former, individuellement et collectivement.

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